Christophe Goffette n’est plus rédac’ chef de Fluide Glacial !

DENOUEMENT, 18 février

On croyait que le licenciement d’Eric Deup sonnait le dénouement des derniers mois agités à Fluide Glacial. Depuis juin dernier, la direction et le nouveau rédacteur en chef Christophe Goffette s’étaient mis à dos une partie de la rédaction en ayant recours à des méthodes managériales autoritaires (voir épisodes précédents).

Pourtant, Fluide nous réservait encore une surprise. Une dizaine de jours après avoir viré Deup pour ne pas avoir respecté la ligne éditoriale de Christophe Goffette, le PDG Louis Delas aurait annoncé cette semaine à une délégation d’auteurs que le Christophe Goffette en question était désormais écarté. Goffette reste salarié du groupe mais n’assumera plus ses responsabilités à la tête du mensuel.

Après neuf mois de conflit larvé entre les auteurs et le rédacteur en chef, le licenciement d’Eric Deup, la fronde de certains de ses collègues et une campagne de désabonnement d’une partie des lecteurs agacés, Louis Delas a finalement pris une décision inattendue. Trop tardive au vu des dégâts causés ; absurde, assurément, tant elle révèle une stratégie éditoriale qui semble s’improviser au jour le jour, et se contredire d’une semaine à l’autre.

Que reste-il aujourd’hui, à Fluide Glacial ? Une ambiance exécrable, un déficit d’image énorme, des auteurs avertis par le licenciement d’un des leurs qu’il faudra marcher au pas… Le magazine risque décidément d’avoir bien du mal à reconquérir le public et retrouver un lustre qui s’est bien terni depuis quelques années.

EPISODE IV, 3 février // Deup viré !

Cette fois c’est officiel, Eric Deup est licencié de Fluide Glacial.

Après plus de 4 mois de rebondissements (voir les épisodes précédents), l’auteur d’un article qui, en septembre dernier, avait déplu au nouveau rédacteur en chef du mensuel, Christophe Goffette, a finalement été viré. L’article en question se montrait critique envers la nouvelle direction : Christophe Goffette avait donc refusé de le publier et, pour ne pas faire les choses à moitié, avait convoqué Deup à un entretien préalable en vue de son licenciement. Eric Deup avait vu l’entretien se solder par un avertissement sans frais : tout le monde devait tirer dans le même sens. Sinon…

Et puis soudain, hier, Deup reçoit une lettre de licenciement inattendue.

“Manifestement, explique le scénariste, une convocation à un entretien préalable m’aurait été envoyée. Je ne l’ai jamais reçue, ça arrive. Mais la direction, qui m’a croisé physiquement à plusieurs reprises, sachant que je n’en avais pas accusé réception, n’a pas jugé bon de me dire que j’étais convoqué, ni de me le dire par mail ou téléphone, même après avoir reçu l’accusé de non réception (si tant est qu’ils m’aient envoyé cette convocation).”

Quant aux motifs du licenciement, ils sont également surprenants, comme l’explique l’intéressé :

“Il ne s’agit plus d’un licenciement pour faute comme envisagé au départ mais d’un licenciement pour insuffisance professionnelle : “Votre travail ne répond pas aux exigences de qualité, d’inventivité, d’ouverture et de dynamisme qu’attend le journal”, me dit la lettre après avoir détaillé le manque d’humour et de drôlerie de toutes mes dernières livraisons.”

Un dénouement bien hypocrite, opéré avec une mesquinerie en passe de devenir la marque de fabrique de la nouvelle direction de Fluide Glacial. Il suffit de lire les lénifiants éditos de Christophe Goffette pour comprendre que, s’il fixe désormais les calibres de ce qui est drôle ou non dans les colonnes du magazine, on risque de s’amuser beaucoup plus en lisant Mode & Travaux.

Bon courage et bonne continuation à Eric Deup.

 

EPISODE III, 1er novembre // Des auteurs publient une lettre ouverte

La semaine dernière est sorti le nouveau numéro de Fluide Glacial auquel, pour la première fois depuis des années, Eric Deup ne participait pas. Son article avait en effet été refusé par le nouveau rédacteur en chef Christophe Goffette, qui, pour ne pas faire dans la demi-mesure, l’avait même convoqué à un entretien préalable en vue de son licenciement. Et ce malgré la solidarité des auteurs de Fluide Glacial avec leur confrère (cf. EPISODES I & II).

A l’issu de cet entretien, la direction a élégamment mis un mois, soit le délai maximum autorisé, pour notifier à Deup s’il était ou non licencié. La réponse est tombée en fin de semaine dernière : il n’est pas viré. Mais accusé de “dénigrement et injures à l’encontre du rédacteur en chef”, “dénigrement à l’égard des employés du groupe Flammarion” et “comportement général d’opposition et d’hostilité systématique” (tout ça, donc, pour un article humoristique jamais paru), il est sommé de “collaborer de manière constructive”. Un jugement violent et hypocrite, qui fait office d’avertissement pour tous les auteurs et même, plus généralement, pour tous les employés du mensuel d’Umour et de Bandessinée.

Aujourd’hui, une partie des auteurs a donc décidé d’envoyer une lettre ouverte au directeur Louis Delas, et au rédacteur en chef Christophe Goffette, évoquant entre autres un “travail éditorial affligeant (…), outrepassant largement les limites de la médiocrité, qui consterne les auteurs et les lecteurs. Plus grave, le texte regrette un dénigrement systématique de plusieurs auteurs de la part du rédacteur en chef”, le climat délétère et l’agressivité pénible des dirigeants du magazine, laissant apparaître un malaise non seulement artistique, mais aussi humain.

SIGNATAIRES (liste provisoire, en attendant d’autres signataires) : Romain Dutreix, Pascal Fioretto, Michel Gaudelette, Isa, Lefred-Thouron.

NON-SIGNATAIRE : Eric Deup (il ne peut pas, il a déjà reçu un avertissement).

> Voici la lettre dans son intégralité :

Lettre-ouverte-auteurs- deup-fluide-glacial-1Lettre-ouverte-auteurs-deup-fluide-glacial-2

 

 

 

 

 

 

A la vue du dernier numéro de Fluide Glacial, la colère des auteurs paraît bien légitime. Y apparaît clairement une ligne éditoriale franchement fade, accueillant des projets ni drôles, ni excitants, ni novateurs. Le nouveau rédacteur en chef s’octroie lui un interminable édito final pleine page à sa propre gloire, revendiquant vainement son attitude punk (parce qu’il faisait des bêtises quand il était enfant, dingue non ?) et vantant son humour délirant (en général, quand on est drôle, on l’est, on n’a pas à le préciser). Quant aux chroniques musicales du mystérieux Bester – deux longues pages de bavardage -, elles enchaînent les clichés avec un argot rock ringard et un discours réactionnaire au point d’oser encore parler de “zique” plutôt que de musique : une zique qui vous “secoue le bulbe”, “un must pour les esgourdes” avec ce “putain de riff craspec” : bref, un son “brut de pomme”. Bienvenue en 1987.

 

EPISODE II, 5 octobre // Umour et licenciements

Rappel des faits : Eric Deup soumet un article à Christophe Goffette, nouveau rédacteur en chef de Fluide Glacial. L’article déplaît. Non seulement il est refusé, mais en plus, Eric Deup n’est pas invité au bouclage du magazine, le 22 septembre. Par contre, il est invité le 27 septembre à un entretien préalable en vue de son licenciement. Solidaires de leur collègue, les auteurs de Fluide Glacial improvisent une réunion avec la direction le 22 septembre, juste avant le fameux bouclage.

Ce 22 septembre, pour endiguer l’ambiance frondeuse qui perce parmi les auteurs choqués du traitement réservé à leur confrère, Christophe Goffette fait marche arrière et autorise Eric Deup à participer au bouclage. Bizarrement, il maintient tout de même le rendez-vous du 27 censé évoquer le licenciement, tout en affirmant devant la trentaine d’auteurs présents que Deup ne sera pas licencié. A charge également à Deup de rendre, pour le lundi d’après, un article pour le numéro suivant de Fluide Glacial.

Le mardi 27, le rendez-vous a bien lieu, organisé par le PDG Louis Delas. Eric Deup refuse pour le moment de s’exprimer sur le sujet, mais d’après certains de ses collègues, l’auteur s’est fait rappeler, entre autres, ses manquements à la hiérarchie et le caractère prétendument insultant de son article satirique – jamais publié rappelons-le. En clair, la direction revient sur sa promesse faite quelques jours plus tôt devant les auteurs : le licenciement est toujours sérieusement envisagé.

Depuis ce jour, Eric Deup n’a aucune nouvelle de sa direction, qui a légalement droit à un délai d’un mois pour faire connaître sa décision par lettre recommandée. Pas de nouvelle non plus de l’article fourni en temps et en heure, comme convenu. La direction fait visiblement durer le suspense afin que la solidarité autour de Deup retombe et – pourquoi s’en priver ? – pour jouer un peu avec les nerfs de son employé.

Que Deup soit licencié pour avoir osé écrire un article humoristique raillant la direction de Fluide Glacial (dans un magazine humoristique de surcroît, quel kamikaze), ou que toute cette procédure malsaine fasse office de “bonne leçon” pour les auteurs, invités à manier l’autocensure pour ne pas perdre leur boulot, nous voilà prévenus : seul sera désormais admis l’humour corporate, l’humour avec des limites à ne pas dépasser, l’humour qui ne menacera pas la direction, l’humour qui ne sera ni provocateur, ni grinçant. Bref, à Fluide, maintenant, on aime l’humour poli, mignon, tout doux avec des poils autour et des patrons gentils qu’on aime.

> Plus d’informations sur la page Facebook créée pour l’occasion http://www.facebook.com/groups/sauvonsdeup/ ou à l’adresse sauvonsdeup@groups.facebook.com

 

EPISODE I, 21 septembre // Fluide Glacial, mais alors vraiment bien glacial…

Ambiance délétère au magazine “d’umour et de bandessinées” Fluide Glacial. Mardi prochain, Eric Deup, scénariste et responsable de plusieurs rubriques au sein du magazine créé en 1975 par Gotlib, est convoqué à un entretien préalable en vue de son licenciement. Aucun motif officiel à ce rendez-vous. Officieusement, un article de Deup n’aurait pas plu au nouveau rédacteur en chef, Christophe Goffette, arrivé à la tête de la rédaction le 1er juin dernier. Du coup non seulement il ne publiera pas l’article dans le prochain numéro, mais en plus, Eric Deup est sur la sellette.

Outrés par cette décision brutale et inquiets du comportement de leur nouveau patron, les auteurs ont affiché leur soutien à leur confrère. Demain a lieu le traditionnel bouclage du mensuel, auquel Eric Deup n’a d’ailleurs pas été convié, et l’on parle déjà de réunion collective, voire de grève.

Au-delà des méthodes des nouveaux responsables du journal qui, après s’être débarrassé en juillet de l’animateur du site internet de Fluide Glacial, semblent décidément avoir un sens aigu des ressources humaines, il convient surtout de rappeler ce principe simple, indispensable à une presse digne, fidèle à la liberté d’expression : on ne vire pas un auteur parce qu’il ne plaît pas. C’est d’autant plus étonnant de la part d’un magazine qui se targue de faire de l’humour, et dont la parodie et l’autodérision ont toujours été la marque de fabrique.

> Plus d’informations sur la page Facebook créée pour l’occasion http://www.facebook.com/groups/sauvonsdeup/ ou à l’adresse sauvonsdeup@groups.facebook.com
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9 réflexions au sujet de « Christophe Goffette n’est plus rédac’ chef de Fluide Glacial ! »

  1. Pour info, demain, au même moment que le traditionnel bouclage, aura lieu le “bouclage des lecteurs” dans la joie et la bonne humeur, en marque de soutien à Deup et à tout Fluide qui semble commencer à faire face à de grosses difficultés… Car n’oublions pas qu’à travers le magasine c’est le lecteur qu’on touche !
    Alors RDV dès 18h “Au Bon Coin” 49 rue des Cloys, 75018 Paris !!

  2. De plus, la censure va bon train.
    Divers commentaires que j’avais faits sur la page Facebook ont été supprimés et j’en suis désormais interdit.
    De même que Goffette m’a retiré de ses amis suite à différentes remarques et des questions que je lui avais posées.
    Une bonne façon de couper court à toute discussion.
    Plus d’infos sur cet article

  3. Fluide a réussi a survivre par le passé, malgré des choix commerciaux très douteux.
    Souvenez vous de ces hors-série produits à la chaine où les auteurs s’essouflait à produire du gag comme les holstein pissent du lait.
    Et que dire de l’affligeant Fluide.G, pur produit marketing qui, passé les espoir du premier numéro, se révéla dénué d’un quelconque intérêt et contaminé par la publicité sous toutes ses formes y compris la plus infâme : la pseudo chronique humoristique.
    Fluide s’en est remis par le passé par la seule qualité de ses auteurs, par son impertinence (bon, ce n’est pas Psiko non plus), et surtout son ouverture -grande- vers tous les champs de l’Umour.

    Ne reste qu’à lui souhaiter un rétablissement futur et le départ de ces gens pour qui l’Umour n’est qu’une courbe sur un graphe de retour sur investissement.

  4. Bon cette hisoire me dégoute mais je ne peux pas signer cette pétition.
    Je tiens Deup comme étant l’un des principaux responsables du déclin de l’Umour à Fluide, et je pense que les auteurs qui le soutiennent ne le font que par principe d’entraide : on touche pas à la Presse. Même s’ils ont raison de le faire, j’ai vraiment du mal à imaginer Gaudelette (par exemple) se marrer en lisant un papier de Deup.
    C’est vrai, quoi, d’où il sort ? Deup n’est pas marrant. Du tout. C’est le genre dont tes amis te disent, le lendemain d’un diner : “C’était qui ton pote ? Il est lourd, mais graaaaave, quoi ! Le ramène plus jamais, çui-là.”.
    Bandessinées mises à part, les derniers vrais bons numéros de Fluide datent de l’époque JC Delpierre, époque où le journal revendiquait avec fierté son noir et blanc. Quand à l’ambiance délétère au sein de l’équipe, je pense que Gaudelette lui-même, ainsi que Larcenet n’y sont pas pour rien, vu qu’à une époque leur boulot a essentiellement consisté à dénigrer le journal (avec “Umour”, bien sûr).
    S’il faut bien entendu virer Gofette, Deup doit se barrer lui aussi.

  5. Difficile de juger du déclin de Fluide vu d’ici, au Québec; le dernier numéro que j’ai trouvé en kiosque était celui de janvier 2011. Plutôt décevant, d’ailleurs, ce numéro avait pour thème la retraite et j’en avais conclu que toute l’équipe s’était effectivement retirée, puisqu’on ne trouve plus ici, depuis, que l’imbuvable “Fluide G”… Je lisais Fluide depuis près de trente ans et je m’ennuie de mon magazine d’Umour et bandessinées préféré. Pourquoi n’est-il plus exporté outremer? Et qu’est-ce que c’est que ce minable Fluide G qu’on essaie de me fourguer à la place? Heureusement que Gotlib n’est pas mort, parce qu’il se retournerait sûrement dans sa tombe!

  6. J’étais un lecteur assidu de Fluide Glacial. J’ai arrêté ses dernières années, n’achetant par ci par là que quelques numéros pour constater que ça ne me faisait plus marrer et que c’était de pire en pire.
    Les rubriques me semblent artificielles, le mag n’a plu trop de cohérence. Peut-être que j’ai vieilli aussi mais bon, je relis les vieux numéros avec plaisir.
    Il ne semble plus y avoir de communauté entre les créateurs, surtout depuis la période des “petites tyrannies” que m’a évoquée une fois Coyote quand je lui avais demandé pourquoi il n’était plus à Fluide.
    C’est vraiment dommage. Peut-être que la direction pense à faire du chiffre et/ou conquérir un nouveau lectorat mais il perdent l’essentiel : prendre plaisir à faire le magazine.
    Fais chier quoi !

  7. Reviens Deup ! Je t’aime, j’aime ton humeur détestable et ton humour tout aussi pourri (mais imparable). Tu fleures bon la décadence et la douce glissade vers l’absurde et la dérision la plus nihiliste et nauséabonde dans la-quelle je jouis à me vautrer, sans la moindre pudeur ni retenue, telles la bactérie ravageuse dans la fosse à lisier qu’est notre belle société. C’est très simple : Si tu quittes Fluide, Je le quitte aussi et ne renouvelle pas mon abonnement ! Reviens putain… T’as des potes non ? Tu bosses pas tout seul à Fluide… Y’a du pain sur la planche, faut remettre le navire à flot. Vive Toi !

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