Cleveland, de Harvey Pekar & Joseph Remnant – éd. Cà et là

Cleveland Harvey Pekar Joseph Remnant Ca et laPendant plusieurs décennies, l’auteur du prodigieux American Splendor a repoussé les limites de l’autobiographie. En couchant sur le papier ses peurs, ses doutes, ses réflexions, ses névroses, Harvey Pekar a élaboré une œuvre universelle. Et depuis ses premières histoires, l’ombre de la ville de Cleveland – sa ville de Cleveland – plane sur ses récits. Comme un symbole, il y consacre son dernier projet, achevé peu avant sa mort en juillet 2010. Décor changeant, parfois enchanteur, souvent lugubre, reflet de ses frustrations ou interlocutrice privilégiée, la cité du Midwest, dans laquelle Pekar passa toute son existence, imprime sa marque sur son travail : avec sa verve habituelle, le scénariste se raconte à travers l’évolution de sa ville et, à l’inverse, dévoile sa ville à travers les événements qui jalonnent sa vie.

De la première (et unique) victoire nationale de l’équipe de base-ball locale à l’espoir que l’administration Obama se penche enfin sur les problèmes sociaux qui rongent le port de l’Ohio, Harvey Pekar relate l’histoire de Cleveland comme un amant toujours fidèle malgré les déceptions. D’ailleurs, il a préféré rester avec elle plutôt que de suivre sa femme, lorsque cette dernière décida de déménager vers l’Est. La croissance, l’opulence, les mouvements ouvriers et raciaux (et, au passage, l’élection du premier maire noir des Etats-Unis), l’immigration des juifs d’Europe de l’Est, l’écroulement de l’industrie, le chômage, l’exode et la dégradation : en soixante-dix ans, Pekar a tout vu. Jusqu’à l’évolution des surnoms de Cleveland, passée du “meilleur emplacement du pays” à “l’erreur au bord du lac”… Celui que le dessinateur Joseph Remnant figure comme un apôtre au regard fou, qui parle tout seul en arpentant le bitume d’un pas pressé, dresse le portrait d’une Amérique désossée, résignée à voir son quotidien aller de mal en pis.

Cleveland Harvey Pekar Joseph Remnant Ca et la extrait dessinTraduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Paul Jennequin, septembre 2012, 128 pages, 17 euros. Préface d’Alan Moore.

 

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☛ A LIRE > Notre article sur American Splendor, la grande série d’Harvey Pekar.

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