MUSIQUE / Hommage à Gilles Verlant (1957-2013)

Par Julien Demets

Gilles Verlant MUSIQUE / Hommage à Gilles Verlant (1957 2013)Cela fait plus de six mois que je n’ai pas pris ma plume (en fait, un vieux clavier Toshiba) pour écrire un article sur L’Accoudoir. Il faut dire qu’entre-temps, j’ai eu l’étrange idée de trouver un boulot, trahissant l’un des grands principes de notre rédaction.

Si je me permets aujourd’hui de revenir et de parler en “je”, c’est pour rendre hommage à l’animateur, écrivain et voix-off la plus cool du PAF, Gilles Verlant.

Gilles Verlant était mon héros. Il ne jouait pourtant pas au foot, n’y connaissait même rien du tout, et bien qu’étant l’un des plus grands connaisseurs de rock au monde, son apparence ne présentait aucun attribut (cheveux longs, tatouages, guitare sur le dos) pouvant a priori susciter la fascination d’un adolescent.

Mais il y avait trois trucs que j’adorais chez lui, trois trucs qui me faisaient appeler mon frère tous les samedis matins pendant la récré au lycée pour lui rappeler d’enregistrer – sur cassette audio, nous sommes en 2002 – L’Odyssée du Rock sur Oüi FM (à l’époque où Oüi FM n’appartenait pas à ce crétin d’Arthur qui, à son arrivée, foutra Gilles à la porte).

Premièrement, Gilles était l’un des types les plus pointus que je connaisse en musique. Je me félicite d’avoir pu lui dire un jour en face à quel point l’émission spéciale 25 ans du punk du mois d’avril 2002 avait changé ma vie. Je l’ai tellement réécoutée que je me souviens encore de l’ordre des chansons : Personnality Crisis des New York Dolls, This is the Modern World de The Jam, I Belong to the Blank Generation de Richard Hell… Mongoloïd de Devo m’avait traumatisé, je n’écoutais plus que ça.

En clair, les deux années qui avaient suivi s’étaient résumées, pour moi, à racheter tous les albums dont un extrait avait été diffusé ce jour-là.

La deuxième chose qui, à mes yeux, plaçait Gilles Verlant au-dessus de tous les autres spécialistes de rock en France, c’est le fait que, justement, il n’en soit pas vraiment un. Lui seul pouvait enchaîner un titre des Buzzcocks avec un morceau des Compagnons de la chanson ou de Lio. Gilles Verlant ne bâtissait aucune frontière entre les genres et, mieux encore, entre les artistes prétendument “mainstream” et “underground”.

C’est à lui que je dois de n’avoir jamais observé cette distinction puriste, absurde, entre les œuvres nobles et les ringardes, de pouvoir confesser avec jubilation un amour également partagé pour le premier album de Magazine et la chanson Toujours pas d’Amour de Priscilla.

Gilles Verlant faisait connaître mais ne se prenait jamais pour un gardien du temple.

Enfin, et par-dessus tout, Gilles Verlant était DRÔLE. Quand certains s’obligent à porter des lunettes noires pour faire rock, ou se croient plus savants en donnant à leurs analyses une complexité dont la musique n’a pas besoin (ouais, le punk, tu vois, c’est du situationnisme teinté de dadaïsme, tu vois…), lui s’amusait d’avoir involontairement lancé la carrière de Plastic Bertrand, préférant la petite histoire, l’anecdote débile et le détail cocasse aux nébuleuses démonstrations musicologiques.*

Cette légèreté, qui transpirait dans le moindre de ses écrits – drôles, érudits, jamais pontifiants –, était celle du bonhomme, aussi marrant et sympa dans la vraie vie que derrière son micro. La première fois que je l’avais rencontré, je m’étais avancé timidement vers lui dans une des allées du Salon du Livre de Paris, lui tendant une main moite en guise de bonjour. Dans les cinq minutes, il m’avait proposé de venir assister en studio à l’enregistrement de L’Odyssée !

Voilà, j’aurais voulu trouver une conclusion un peu classe, “adieu l’Artiste” ou un truc du genre, mais ça sonne faux. Je me contenterai donc d’un bon vieux : “C’est relou, t’es mort alors que Michel Sardou va super bien, lui…”

Quoique si ça se trouve, il kiffait Sardou.

* À ce titre, l’ouvrage Les Miscellanées du Rock, qu’il a coécrit, fait figure de Bible. Mais vous pouvez aussi acheter tous les autres.

MUSIQUE / Top 10 des chansons anti-Thatcher

La mort de Margaret Thatcher a éveillé en nous une profonde détresse. Jamais nous n’oublierons l’héritage que nous lègue l’ancienne Premier ministre britannique. L’héritage musical, s’entend. La Dame de fer a en effet inspiré l’équivalent d’un double Best Of de chansons haineuses et vindicatives, dont nous avons gardé les dix meilleures à nos yeux.

10. Dear Margaret, des Kinks

La chanson est nulle (les Kinks en version hard FM) mais comme cet épisode de la carrière du groupe est assez peu connu, on l’a mise quand même.

9. The Day After You (Celebrate), des Blow Monkeys

Les singes avaient consacré un album entier à Thatcher, She Was Only a Grocer’s Daughter, en 1987. Ce qui est drôle, dans cette chanson, c’est la violence du propos entonné de la voix suave du soul man qui veut pécho.

8. Blue, des Fine Young Cannibals

Le chanteur du groupe, Roland Gift, a joué dans la série Highlander. Fair-play, il n’a jamais essayé de couper la tête de Thatcher pour lui prendre son quickening.

7. The Day that Thatcher Dies, de Hefner

La chanson est parue en 2000, preuve que l’hostilité qu’inspire Thatcher n’a pas faibli. Les paroles sont d’un mauvais goût jubilatoire : “Le jour où Thatcher mourra, même si nous savons que c’est mal, nous chanterons et nous danserons.” Ont-ils tenu parole ? Lire la suite

MUSIQUE / Smashing Pumpkins, génies ou gros lourds ?

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, allez c’est bon quoi. Voilà pourquoi, de temps à autre, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Aujourd’hui, hommage aux Smashing Pumpkins.

The+Smashing+Pumpkins 300x297 MUSIQUE / Smashing Pumpkins, génies ou gros lourds ?Un concert des Citrouilles ? Certains de nos potes iront. Nous pas, pour les raisons détaillées ici. Néanmoins, la venue des Smashing Pumpkins à Paris le 24 juin (et le 25 à Nantes, le 4 juillet à Lille, etc.) est l’occasion de rendre hommage à ce groupe aussi brillant que pénible parfois, mais qui sut tirer d’une montagne de défauts apparents une œuvre riche, singulière et largement supérieure à celle de Nirvana (comme ça c’est dit, on n’en parle plus). Voyons comment.

De faux durs

The Smashing Pumpkins. C’est-à-dire, les citrouilles écrasées. Le nom du groupe chicagoan trahit d’emblée une forme d’esbroufe : ses sonorités claquent trop, agressent bêtement, la référence à Halloween semble procéder d’une volonté puérile d’effrayer les parents. On a l’impression que les musiciens exhibent leur gros bras avant même d’engager la conversation. Pour mieux masquer, sans doute, leur cœur d’artichaut. Car s’ils sont généralement assimilés à un groupe violent, les Pumpkins ne sont en réalité jamais aussi bons que lorsqu’ils s’essaient à la pop la plus douce.

Entendons-nous, Bodies, Mayonaise ou Stand Inside Your Love sont des morceaux fantastiques, toutes guitares dehors. Mais Billy Corgan s’est parfois laissé aller à de vraies horreurs dont la brutalité démonstrative semblait n’avoir pour objectif que de sauver la réputation de “gros durs” du quatuor. Comment ne pas préférer les merveilleux We Only Come Out at Night ou Once Upon a Time à l’insupportable X.Y.U. ? Lire la suite

MUSIQUE / Neuf chansons pour une fin du monde

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, c’est assez dit la baleine. Voilà pourquoi, de temps à autre, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Aujourd’hui, fêtons ensemble l’apocalypse.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’on va tous crever, comme l’avait d’ailleurs annoncé un poète visionnaire du début du siècle. En attendant la fin du monde, L’Accoudoir a décidé d’organiser une dernière surprise-partie à laquelle ont été conviés tous nos artistes préférés et vivants (plus pour longtemps, ceci dit), chacun apportant avec lui la dernière chanson ou le dernier album qu’il aimerait écouter avant que ça pète. Comme en plus d’être talentueux, ils sont sympas, ils ont tous répondu à l’invitation en expliquant leur choix. Voici donc, en exclusivité mondiale, la BO parfaite de la fin des temps.

167777 1616720180115 7726554 n 300x273 MUSIQUE / Neuf chansons pour une fin du monde> Le choix de MICHEL CLOUP : Morning of Our Lives de Jonathan Richman.

« C’est une belle chanson, positive et touchante, elle serait parfaite pour la fin du monde. »

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Michel cloup 150x150 MUSIQUE / Neuf chansons pour une fin du mondeÉcriture qui claque, phrasé unique, artisan d’un rock expérimental mais à l’impact immédiat, Michel Cloup, alors chanteur de Diabologum, avait réalisé en 1996 l’album #3, authentique classique du rock français (qui n’en compte pas des masses). Le Toulousain a depuis multiplié les projets (Expérience, Panti Will, Binary Audio Misfits), jusqu’à son premier album solo paru en 2011, Notre Silence.

 

> Le choix de NICOLAS BACCHUS : l’album Les Marquises de Jacques Brel.

« Le disque passe par toutes sortes d’émotions. Il commence par l’incompréhension face à la bêtise humaine, avec Jaurès, et se termine par ‘Veux-tu que je dise / Gémir n’est pas de mise / Aux Marquises’. On sent une espèce d’acceptation de la mort – qui n’était pas si loin pour Brel –, de lâcher-prise et de paix. »

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Bacchus 150x150 MUSIQUE / Neuf chansons pour une fin du mondeCertains prétendent que la fin du monde serait en fait la vengeance de Dieu contre tous les pêchés de ce bas-monde : luxure, gourmandise, etc. Auquel cas, Nicolas Bacchus risque bien d’être parmi les premiers à y passer. Voilà ce qu’il en coûte d’écrire des chansons glorifiant à la fois la luxure et la gourmandise !

 

> Le choix de HYPO : Just One Kiss (extended) de The Cure.

« C’est une de mes chansons préférées de tous les temps. Ça parle d’arbres qui s’écroulent sur les murs, c’est donc impec’ pour la fin du monde. »

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Hypo 150x150 MUSIQUE / Neuf chansons pour une fin du mondeHypo fut l’auteur en 2004, avec Random Veneziano, de l’album qui, en même temps qu’il nous initiait à l’électro, en détournait les codes. Anthony Keyeux n’a depuis cessé de produire une musique n’appartenant qu’à lui, caustique et sincère à la fois, d’apparence complexe mais au charme enfantin. Pour ne rien gâcher sur ce CV impec’, il collabore depuis toujours avec une autre artiste que nous adorons, EDH.

 

> Le choix de MATT ELLIOTT : l’album Of Ruine or Some Blazing Starre de Current 93.

« Pour être honnête, il n’y a pas vraiment de chanson favorite que j’aimerais écouter. Peut-être qu’un album de Current 93 aurait du sens : soit Thunder Perfect Mind, ou mieux encore, Of Ruine or Some Blazing Starre. »

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Matt Elliott1 150x150 MUSIQUE / Neuf chansons pour une fin du mondeSous son nom ou celui de Third Eye Foundation, Matt Elliott publie d’excellents albums depuis l’année -16 avant le Jugement Dernier (1996, si vous préférez). Le dernier, The Broken Man, a eu l’honneur de figurer dans la sélection d’hiver de L’Accoudoir. C’est un disque sublime mais tellement triste qu’en l’écoutant, tout le monde a envie de crever. Encore plus dévastateur qu’une pluie de météorites.

 

> Le choix de FUZATI : My Favorite Things de John Coltrane.

« Ce n’est pas un morceau composé par Coltrane, mais c’est l’interprétation qu’il en a faite qui a rendu ce morceau célèbre. La partie de piano de McCoy Tyner est hallucinante aussi. J’ai choisi ce morceau parce qu’il contient, selon moi, la majorité des émotions que l’on peut ressentir au cours d’une vie. À la fin du morceau je serai donc prêt à mourir, totalement apaisé. »

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Fuzati 150x150 MUSIQUE / Neuf chansons pour une fin du mondeLe Klub des Loosers, dont Fuzati est la voix, a lui aussi pris place dans une de nos sélections cette année avec un album où figurent certains des plus beaux morceaux du duo (Non-Père par exemple). Le titre de ce disque était prémonitoire : La Fin de l’espèce. Fuzati doit avoir des ascendances mayas…

 

> Le choix de VINCENT SEGAL : Quatuor pour cordes n° 16 de Ludwig Van Beethoven.

« Je pense qu’on est rarement allé aussi loin dans le mystère de la création, du plaisir, et dans l’exploration du chaos ! »

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Segal 150x150 MUSIQUE / Neuf chansons pour une fin du mondeRésumer l’œuvre de Vincent Segal en quelques lignes constitue une gageure. Dites-vous simplement que lorsque vous entendez du violoncelle sur un disque de rock ou de chanson française, de dub, de rap, de musique africaine, brésilienne, capverdienne, réunionnaise (etc.) publié ces quinze dernières années, il y a de fortes chances que ce soit le sien. Vincent Ségal est aussi la moitié du duo Bumcello, dont le dernier album Al est sorti cette année. Et il trouve encore le temps de faire des disques solo…

 

> Le choix de PETAR DUNDOV : So Long, and Thanks for All the Fish (BO de The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy).

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Petar Dundov2 150x150 MUSIQUE / Neuf chansons pour une fin du mondeTiré du film The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy (Le Guide du voyageur galactique, en français), ce morceau relate le départ des dauphins, qui fuient la Terre avant que celle-ci ne soit détruite en laissant le message suivant : “Adieu, et merci pour tout le poisson.” Le choix du musicien croate est presque aussi brillant que ses disques : publié en 1999 sous l’identité de Brother’s Yard, l’album Reaction est ce que la techno a offert de plus beau. (Et pour le plaisir, la version française de Salut, et merci bien pour le poisson est visible ici.)


> Le choix de MOLECULE : A Pillow of Winds de Pink Floyd.

« C’est une sorte de berceuse planante, un cocon dans lequel on se sent bien. On a l’impression que rien ne peut nous arriver… On se sent apaisé. »

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Molecule 150x150 MUSIQUE / Neuf chansons pour une fin du mondeArtiste en constante évolution, Molecule est passé en quelques années du dub pénétrant de Wake Up à la techno froide et menaçante de ses deux derniers EP, non sans avoir abordé entre-temps les rivages d’un électro-rock puissant ou de la pop atmosphérique. Bref, ce type sait tout faire. Il lui reste 24 heures à vivre ? Largement de quoi sortir un album house fifties et un autre de trip-hop moldave.


> Le choix de DIDIER WAMPAS : Wild is the Wind de David Bowie.

« Ils sont chiants tous avec leur fin du monde ! »

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Wampas 150x150 MUSIQUE / Neuf chansons pour une fin du mondeEst-il encore nécessaire de présenter Didier Wampas, le rocker dont le monde entier nous envie le talent, l’humour, le naturel, la poésie et les justaucorps panthère oints par la sueur après trois minutes de concert ? La reprise de Ne dis pas aux copains par les Wampas est la meilleure chanson jamais enregistrée en langue française. Minimum.

 

The End ?

En ce qui nous concerne, le dernier morceau que nous aimerions écouter avant de rejoindre l’au-delà serait composé par Molecule, produit par Hypo et joué par Vincent Segal, sur un texte du duo Bacchus-Fuzati chanté par Didier Wampas, Michel Cloup et Matt Elliott. Avec des dauphins dans le clip.

La chose ayant peu de chances de voir le jour, nous nous rabattrons donc sur Music de John Miles : ce truc est une telle torture que même la mort, à côté, paraîtra agréable !

 

MISE A JOUR : En ce 31 décembre 2012, soit dix jours après notre mort à tous, L’Accoudoir a reçu la réponse d’Alex Smalley, membre du duo Olan Mill, dont l’album Paths est l’un des plus bouleversants sortis cette année.

> Le choix d’ALEX SMALLEY : Just Lay Down and Forget About it de Kevin Drumm.

 « J’aime l’idée que dans l’heure précédant ma mort, je serais dans un endroit et un état d’esprit assez confortables pour absorber ce chef-d’œuvre épique. Je ne crois pas en l’idée d’une vie après la mort, mais si elle existe, ce serait par la grâce transcendante de cette musique que je m’y retrouverais. Je sais que je suis un peu en retard pour votre site, mais cette question requérait une longue réflexion. »

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Ouais, c’est ça, dis surtout que tu savais très bien que la fin du monde n’aurait pas lieu ! Mais comment diable Alex Smalley a-t-il pu être au courant, cela semblait si crédible…

MUSIQUE / Le pourcontre : Françoise Hardy et Raphaël

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, c’est assez dit la baleine. Voilà pourquoi, de temps à autre, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Aujourd’hui, nouveau concept, le “pourcontre”.

À la base, l’idée de cet article était simplement de dire du mal de Françoise Hardy. Mais à force de critiquer quelqu’un toutes les trois semaines, cela pourrait devenir prévisible. C’est pourquoi il nous a semblé malicieux d’y ajouter un petit éloge d’un autre artiste ayant récemment fait l’actualité, Raphaël, histoire de prouver que nous sommes aussi capables de défendre des trucs. Le concept du pourcontre était né. Il ne durera sans doute que le temps de cet article.

CONTRE : Françoise Hardy, égérie en toc

L amour fou Francoise Hardy 300x300 MUSIQUE / Le pourcontre : Françoise Hardy et RaphaëlCes dernières semaines, Françoise Hardy a écumé tous les plateaux du PAF pour faire la promo de son nouvel album L’Amour fou (accompagné d’un livre au titre identique). Et chaque fois, la chanteuse a eu droit aux mêmes révérences, à l’admiration forcée de ses hôtes, y compris du journaliste des Inrockuptibles Christophe Conte, censé jouer le rôle du poil à gratter de l’émission On n’est pas couché du 10 novembre.

C’est cela qui est agaçant : ce statut d’icône qu’on lui a accordé pour une bouchée de pain et qui la préserve de toute offense. Mais concrètement, qu’a-t-elle fait pour le mériter : de grandes chansons ? Soyons sérieux. Françoise Hardy fait de la variété française. Quand bien même certains de ses titres auraient du charme, aucun ne justifie, par son caractère innovant ou son influence, cette stature à laquelle nombre de ses contemporaines, aux chansons pas moins bonnes et à la voix audible, n’ont jamais eu droit.

Son statut de mythe, l’interprète de Tous les garçons et les filles le doit à deux choses : une maigreur “androgyne” et une moue boudeuse qui, dans les années 1960, suffisaient à faire de vous une égérie, mais aussi le fait que, selon la légende, elle aurait inspiré à Bob Dylan la chanson Just Like a Woman. Voilà qui a suffi à propulser notre chanteuse pour midinettes muse des plus grands. En gros, on l’admire pour ce que les autres ont fait.

Depuis, la “grande dâââme” bénéficie d’une indulgence généralisée qui transforme le moindre de ses propos en leçon d’élégance. Le problème, c’est qu’elle n’est pas du tout à la hauteur de son image : la compagne de Jacques Dutronc étale des platitudes à longueur d’interviews, gonfle tout le monde avec l’astrologie, vote Sarkozy et dénonce l’ISF. Comme une vulgaire Véronique Genest. Au fond, peut-être qu’avec une moue boudeuse et quelques kilos en moins, même Nadine Morano pourrait devenir une égérie…

(Pour finir sur une note positive, avouons quand même que VIP fait partie de nos chansons préférées.)

POUR : Raphaël, curieux et courageux

Super Welter Raphael 300x300 MUSIQUE / Le pourcontre : Françoise Hardy et RaphaëlRaphaël est une cible facile. Des beaux garçons, coiffure négligée, veste en cuir, grattouillant leur guitare et chantant la liberté comme s’ils venaient d’emprunter Sur la Route de Kerouac au CDI du collège, on en a vu passer pas mal. Mais il y a un truc qui, outre le fait qu’il porte le même nom de scène que la Tortue Ninja rouge, vaut au chanteur notre respect : quand d’autres prétendent admirer Gainsbourg mais font du Goldman, lui s’obstine presque naïvement à vouloir sortir de grands disques.

Avec un million et demi d’exemplaires vendus de Caravane, Raphaël aurait pu passer sa carrière à réécrire la même chanson. Mais non. Paru en 2010, l’album Pacific 231 témoignait d’une authentique prise de risques artistique : Raphi s’aventurait sur de nouveaux territoires sonores, cherchant à tout prix à ne pas se répéter. Une démarche qui le plaçait d’emblée au-dessus de 97% des artistes de son calibre. Le résultat, à défaut d’être parfait, était en plus convaincant, comme l’est Super Welter, sorti fin octobre : s’il peine à s’émanciper vocalement de son nouveau modèle, Bashung, le chanteur ose des climats différents, teste une sonorité ici, un arrangement par là, bref, dévoile de véritables ambitions artistiques.

Son défaut, depuis l’écriture de Chanson pour Patrick Dewaere jusqu’à cette casquette des Ramones qu’il arbore dans le clip de Manager, se limite à cette tendance à afficher les “bonnes” références, comme si le bon T-shirt faisait le bon chanteur. Mais arrivera un jour où Raphaël, à force de chercher, produira un vrai classique de la chanson française. On ne peut rien souhaiter d’autre à celui qui, la page Caravane tournée, avait eu assez d’humour et d’humilité pour déclarer : “J’ai tué le Manu Chao qu’il y avait en moi.”

MUSIQUE / Mort aux Rolling Stones !

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, marre. Voilà pourquoi, les nuits de pleine lune, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Aujourd’hui, “hommage” aux Rolling Stones.

Depuis jeudi dernier, les radios diffusent le nouveau single inédit des Rolling Stones. La chanson s’intitule Boom and Poom, ou quelque chose comme ça. Elle a été enregistrée pour un Best Of qui sortira on-ne-sait-plus-trop quand. Un autre inédit devrait suivre. Ou deux peut-être, on ne sait plus. On s’en fiche.

Un désert artistique, une machine financière

Rolling Stones Grrr 300x300 MUSIQUE / Mort aux Rolling Stones !C’est cela, le problème des Rolling Stones : on se moque éperdument de ce qu’ils font aujourd’hui. D’un point de vue musical, les quatre Londoniens n’ont rien proposé depuis 40 ans. Et quand bien même Groom and Vroom serait une bonne chanson, elle ne changera rien à son époque. Les Stones en ont depuis longtemps perdu l’ambition. Ils ne sont plus qu’un nom, une enseigne lumineuse, un produit dérivé exploitant la nostalgie des fans à coups de Greatest Hits et de concerts tape-à-l’œil.

Il était d’ailleurs ironique d’entendre Philippe Manœuvre critiquer en avril dernier, sur le plateau de l’émission Monte le Son (France 4), le concert donné au Festival Coachella 2012 par un hologramme de Tupac, lui qui consacre la couverture de Rock&Folk aux Stones tous les trois mois environ. Car le mécanisme, au fond, est identique : on se rend à un concert des Stones pour admirer une relique, une passé prestigieux, bref, une coquille vide de tout contenu artistique. Mais après tout, tant qu’il y aura des pigeons prêts à dépenser 200 euros pour applaudir quatre sexagénaires mimant Satisfaction, Jagger et sa clique, qui battent chaque année le record de la tournée la plus rentable de l’histoire, auraient tort de se priver.

Rock’n’roll Inc.

Les Rolling Stones ne sont pas le seul groupe à capitaliser sur son passé. Mais aucun ne jouit d’un statut comparable. Et aucun, surtout, ne fait preuve d’un tel cynisme. Eux qui en étaient jadis l’incarnation symbolisent aujourd’hui tout ce que le rock avait promis de ne jamais devenir : un divertissement pour adulte, professionnel, calibré, calculant le moindre risque – le groupe avait par exemple accepté que certaines paroles soient censurées lors de sa prestation au Superbowl en 2006. Lire la suite

MUSIQUE / Sélection de disques de la rentrée

Les livres c’est bien, mais au bout d’un moment, phou lou lou. Voilà pourquoi, de temps à autre, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Aujourd’hui, retour de notre sélection bitrimestrielle des meilleures sorties d’albums.

Rentrée ou pas, on ne change pas les bonnes habitudes : des rubriques minables, des disques supers et des liens pour écouter.

> Le “fils de” du mois : Jeremiah Jae

 MUSIQUE / Sélection de disques de la rentréeParce qu’ils finiraient presque par nous tirer une larme avec leur complainte du “C’était encore plus dur pour moi”, il convient de rappeler cette évidence crue : Marie Drucker, Arthur Jugnot, Anthony Delon ou Léa Seydoux, tout comme les fils Lennon, Dassault et Marley, ne doivent leur situation professionnelle qu’à leur patronyme, et non à leurs compétences, comme ils aiment pourtant nous le faire croire.

Heureusement, on trouve parfois, parmi ces innombrables imposteurs, des fils ou filles de réellement talentueux. C’est le cas de Jeremiah Jae. Certes, être sorti des burnes de Robert Irving III, pianiste de jazz reconnu et bras droit de Miles Davis dans les années 1980, lui a sans doute épargné les contraintes logistiques que doit affronter un groupe débutant pour enregistrer un disque ou faire des concerts ailleurs que dans le garage du batteur. Mais cela ne saurait masquer la qualité de son premier album, Raw Money Raps : le message politico-gnangnan de certains textes peut bien laisser sceptique, difficile en revanche de rester insensible au charme de ce dub flou et fluet, réduit à des miettes de samples et sur lequel Jeremiah pose une voix détachée de tout.

Pour info, Raw Money Raps est paru mi-juillet sur le label Brainfeeder, propriété du beatmaker californien Flying Lotus, lui-même petit neveu de John Coltrane. Et voilà, encore un !

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> La bande-son idéale de la rentrée : Wymond Miles

C’est la rentrée, il pleut sur toute la moitié nord et les filles se font moches. Mais le plus dur, c’est de devoir retourner bosser le matin, le cheveu encore hirsute, l’œil lourdement cerné et l’haleine fétide. Wymond Miles connaît tout ça :

Wymond Miles MUSIQUE / Sélection de disques de la rentrée(Sauf pour l’haleine fétide, on n’a pas de preuve.)

Il ne fait du reste aucun doute que son album Under the Pale Moon, qui convoque le meilleur d’Echo & the Bunnymen, des Cure ou de… Wymond Miles (le chanteur a une voix superbe), a été écrit en période de rentrée. Comment expliquer, sinon, l’atmosphère dépressive qui le traverse de bout en bout ?

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MUSIQUE / Sélection de disques de l’été

Les livres c’est bien, mais au bout d’un moment, plein les bottes. Voilà pourquoi, de temps à autre, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Aujourd’hui, retour de notre sélection bitrimestrielle des meilleures sorties d’albums.

Youpi, on va parler caca !

> Le titre mal choisi du mois : Intestinal Flora d’Olan Mill

Olan Mill 300x300 MUSIQUE / Sélection de disques de létéDeuxième album du duo ambient Olan Mill, Paths procure une sensation aussi bouleversante que la scène d’ouverture du film Limites de Mario Peixoto : il y flotte la même langueur désolée, comme un écho lointain à la solitude des premiers hommes, à cet océan sans horizon où dérivent une barque vétuste et ses quelques occupants condamnés à un douloureux voyage dans les affres de la gastro. Voilà, c’est à peu près ce que ça fait de tomber, en plein milieu de ce disque magnifique, sur un morceau intitulé « Flore intestinale ».

Nos deux morceaux préférées de Paths :
- The Square is Porcelain
- Blue Polar

> L’album flippant du mois : Machines That Make Civilization Fun de Bigg Jus

Bigg Jus 300x300 MUSIQUE / Sélection de disques de létéOn savait l’ancien MC de Company Flow peu enclin à sortir des disques de rock festif, mais là, quand même, il en a gros sur la patate. Beats déconstruits (Redemption Sound Dub), intrus bruitistes – on n’ose dire industrielles mais c’en est l’esprit –, son qui « crache » et flow monocorde (Advanced Body Activation, Empire Is a Bitch), il n’est un son ou un mot sur son nouvel album qui n’exprime autre chose qu’une vision de l’enfer. Derrière l’impressionnant travail de production, c’est pourtant un sentiment d’anarchie qui se dégage de Machines That Make Civilization Fun : Bigg Jus n’a peur ni de l’accumulation ni du désordre, nombre d’éléments sonores paraissant surgir de façon impromptue, comme capturés dans la seconde précédant leur agonie (Game Boy Predator). Avec ce disque dense et engagé, où message politique et ambitions musicales sont traités avec le même soin, l’ancien membre de Company Flow vient peut être de publier le It Takes a Nation of Millions… des années crise.

Pour l’écouter : cliquer ici.

> La reformation du mois : les Beach Boys

Beach Boys 300x300 MUSIQUE / Sélection de disques de létéAlors oui, c’est vrai, la chanson a une production raplapla, le clip est cliché, les musiciens portent des shorts ringards et Bruce Johnston a balancé qu’Obama était un dangereux socialiste. N’empêche, savoir que l’incontestable plus grand groupe pop de tous les temps, après des décennies de drames et de brouilles, se retrouve aujourd’hui troisième des charts américains avec l’album de son retour, voilà qui nous met dans une joie non-feinte. Et puis franchement, That’s Why God Made the Radio est tout sauf dégueu. Lire la suite

MUSIQUE / Le punk en 5 clichés

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, ras la casquette. Voilà pourquoi, de temps à autre, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Cette semaine, profitons des 35 ans du mouvement punk pour casser quelques-unes des idées reçues qui l’entourent.

Dans un peu moins de trois semaines, le Royaume-Uni fêtera le Jubilé de diamant (60 ans de règne) de la reine Elizabeth II. Une date qui évoque immanquablement, chez les fans de rock, celle du 7 juin 1977, lorsque les Sex Pistols avaient perturbé les cérémonies de son Jubilé d’argent en donnant un concert sur la Tamise. L’Angleterre subissait alors de plein fouet l’arrivée du punk (avec les Jam, les Buzzcocks, Damned ou les Adverts…), directement importé de New York (Johnny Thunders, Ramones, Richard Hell…). Trente-cinq ans plus tard, celui-ci n’a rien perdu de son aura : tout, aujourd’hui, doit être « punk » – il suffit de voir le nombre de footballeurs avec une crête et un jean déchiré ! Hélas, c’est une vision déformée du mouvement qui nous est parvenue. Voici un petit Top 5 des clichés les plus fréquemment entendus à son sujet.

Idée reçue n°1 : Le Velvet Underground, les Kinks, les Stooges et le MC5 ont été les premiers punks.

Television Blondie 300x225 MUSIQUE / Le punk en 5 clichésLes amateurs de musique n’aimant rien tant que la masturbation intellectuelle, il n’est de livre ou d’émission consacré au punk qui ne se donne pour mission de nommer les vrais premiers punks. À ce petit jeu, les quatre groupes cités plus haut, actifs dès le milieu des 60’s, s’en voient le plus souvent attribuer la mention. Ce qui est absurde. S’il est logique de souligner leur influence, qualifier ces artistes de « punks » trahit une vision du mouvement très réductrice, car seulement fondée sur des critères esthétiques. En gros, n’importe quel groupe jouant vite et fort (ou mal) serait punk. Dans ce cas, pourquoi ne pas y inclure Elvis Presley ou les Beatles des débuts ? À l’inverse, Blondie ou Television, dont la musique n’avait pas grand-chose à voir avec les canons du genre, s’en trouveraient écartés, tous deux ayant pourtant joué un rôle essentiel dans l’éclosion de la scène du CBGB’s à New York.

Impossible, donc, de résumer le punk à un style musical. C’est son époque, avant tout, qui le définit : apparu en réaction au conformisme baba-cool et à l’oligarchie de groupes tels que les Rolling Stones, Genesis ou Pink Floyd, il est lié par le sang au contexte et à l’environnement de la fin des années 1970. Ce qui en exclut les groupes des sixties autant, d’ailleurs, que les suiveurs des dernières décennies : si l’on peut tout à fait s’inspirer du punk, comme l’ont fait les grunge, en revendiquer l’étiquette 35 ans plus tard équivaut à soutenir Giscard à la Présidentielle de 2012.

Idée reçue n°2 : Le punk était politisé.

Johnny Ramone 206x300 MUSIQUE / Le punk en 5 clichés« Anarchiste », « anti-monarchie », « proche des ouvriers »… Parce que les Sex Pistols ont eu le malheur de chanter Anarchy in the UK, beaucoup croient politique une révolution qui, à la base, n’était que musicale. Certains spécialistes y voient même une réponse à la prise de pouvoir de Margaret Thatcher et Ronald Reagan, alors que ceux-ci n’ont accédé à leurs fonctions qu’en 1979 et 1981, soit plusieurs années après les premiers disques des Ramones, Jam ou Buzzcocks !

Le punk ne s’est en réalité politisé qu’à partir des années 1980, par l’intermédiaire du hardcore aux États-Unis (Dead Kennedys, Black Flag, Minot Threat) et de la scène Oï au Royaume-Uni, laquelle confondait extrême gauche (Sham 69) et droite (Skrewdriver) dans une même célébration de la classe ouvrière. Auparavant, la plupart des musiciens se fichaient éperdument de la politique, Sex Pistols compris : c’était moins le régime que le symbole qu’ils souillaient dans God Save the Queen. Et s’il y eut bien quelques « révolutionnaires » parmi les précurseurs (dont Joe Strummer, le chanteur des Clash), il ne faudrait pas oublier que Johnny Ramone était quant à lui un authentique facho ! Lire la suite

MUSIQUE / Playlists électorales

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, on en a soupé. Voilà pourquoi, de temps à autre, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. En ce week-end d’élection présidentielle, article spécial élection présidentielle.

En fait, « article », c’est un bien grand mot. Si vous voulez en savoir plus sur les rapports entre la musique et la politique, lisez plutôt le dernier (et premier) numéro du magazine Music, actuellement en kiosque, ou jetez un œil à ce bouquin aussi fabuleux qu’extraordinaire. Nous, ce qu’on va faire aujourd’hui, c’est un petit jeu très rigolo consistant à associer à chaque candidat quelques chansons reflétant leur programme ou un trait de leur personnalité. Ainsi, les mélomanes que vous êtes n’auront plus aucun mal à faire leur choix ! (Espérons simplement que le CSA ne nous reprochera pas de n’avoir pu attribuer à chaque candidat le même nombre de morceaux.)

Nicolas Sarkozy

affiche Sarkozy 230x300 MUSIQUE / Playlists électorales

The Four Skins – Five More Years
Momus – Lifestyles of the Rich and Famous
The National – Trophy Wife
Chuck Berry – I’ve Changed
Les Dogs – Waiting For a Miracle
Et peut-être… Alex Chilton – Lost My Job

François Hollande

affiche Hollande 225x300 MUSIQUE / Playlists électoralesThe Yardbirds – Five Long Years
The Sparks – This Town Ain’t Big Enough for the Both of Us
Scienz of Life – Top Contender
The Del-Vikings – A Sunday Kind of Love
The Replacements – I Can’t Hardly Wait
Martin Kemp – No Charisma

François Bayrou

affiche Bayrou 214x300 MUSIQUE / Playlists électoralesBilly Bragg – Which Side Are You On ?
Mary McGregor – Torn Between Two Lovers
The Pretenders – Middle of the Road
Magazine – Shot By Both Sides

 

Jean-Luc Mélenchon

affiche Melenchon 211x300 MUSIQUE / Playlists électoralesUK Decay – Unexpected Guest
Samantha Fox – Nothing’s Gonna Stop Me Now
The Crystals – He’s A Rebel
The Beatles – Taxman
Laroche Valmont – T’as le look coco Lire la suite

MUSIQUE / Sélection de disques du printemps

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, ▀ߥ@. Voilà pourquoi, un week-end sur deux, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Cette semaine, retour de notre habituelle sélection des meilleurs sorties du moment.

La date du 5 mars 2012 restera gravée dans l’histoire de la musique. Ce jour-là paraissaient les nouveaux albums respectifs de deux de nos héros, le Klub des Loosers et EDH.

> L’album du mois : Yaviz d’EDH

EDH Yaviz artwork 300x300 MUSIQUE / Sélection de disques du printempsDepuis la découverte de Free Days , extrait de l’album Random Veneziano d’Hypo (2004), la voix d’Emmanuelle de Héricourt n’a cessé de nous hanter. Une voix détachée, ensorcelante, qui glace tout ce qu’elle touche : paru sur l’album Predature, en 2010, Ramble aurait tout d’un tube pop parfait si son ambiance pesante et son texte claustrophobe n’incitaient à se jeter par la fenêtre. Un clair-obscur typique de la chanteuse qui, parce que le talent se passe d’annonces tapageuses, abandonne ses petites symphonies au charme d’une electro maigrichonne (Greenless, Species) et fredonne leurs mélodies presque à mi-voix, comme étrangère à leur beauté (Jingle War, Douze). Yaviz prend l’auditeur par surprise, voilà sans doute pourquoi il ne rate jamais sa cible.

Hop là : c’est ici.

> Le come-back du mois : le Klub des Loosers avec La Fin de l’espèce

klub loosers 300x300 MUSIQUE / Sélection de disques du printempsLe problème avec Fuzati, c’est que personne ne l’a jamais jugé sur son œuvre. Pour les uns, le fait qu’il soit blanc et Versaillais suffit à en faire un rappeur « alternatif ». Pour les autres, le fait qu’il soit blanc et Versaillais suffit à lui ôter toute crédibilité. Sans parler de ceux qui s’érigent – et c’est bien compréhensible – contre ce « rappeur intelligent » devenu malgré lui l’alibi des lecteurs de Télérama pour dénigrer tous les autres (un rôle aujourd’hui dévolu à Orelsan, qui n’est d’ailleurs qu’une imitation ratée de Fuzati).

Abstraction faite des théories dont il est otage, que vaut vraiment le rappeur masqué ? D’abord, à trop se concentrer sur son écriture, on a tendance à oublier la qualité de ses instrus. La technique est classique, mais la qualité des samples utilisés accouche de morceaux à la fois érudits et accrocheurs, dont l’ambiance correspond toujours à celle du texte. Ainsi l’instrumentation de Non-Père est l’une des plus belles de sa carrière.

Ensuite, il y a les textes. Huit ans se sont écoulés depuis Vive la Vie, premier album du Klub. Fuzati a bien changé, comme en témoigne le titre de ses nouveaux morceaux : Bisous à gogo, Vacances et Fantaisie, Un Poney pour Noël. Ça va, on plaisante. Le rappeur masqué est toujours d’aussi mauvais poil, sa grande idée, cette fois, étant de stopper la reproduction de l’espèce humaine. Mais au fond, et quel que soit le degré de lucidité qu’on lui prête, ce qu’il raconte importe peu. On écoute Fuzati dans l’attente d’une métaphore aussi trash qu’hilarante, quand bien même elle se rapporterait à l’ostréiculture ou au tuning. S’il a la vanité de se croire « artiste à message », le rappeur déplorera sans doute cette écoute superficielle. Mais tant qu’il sera capable d’associer le destin de l’humanité à celui d’un hymen, il n’y aura de plus grand plaisir que de s’entendre dire qu’on ferait mieux de tous crever.

> La reprise du mois : Kid A de Radiohead par les Punch Brothers

PUNCH BROTHERS 300x266 MUSIQUE / Sélection de disques du printempsEn 2010, déjà, les Punch Brothers, un groupe de bluegrass, s’était amusé à reprendre Reptilia des Strokes avec force mandolines et contrebasses. Ils remettent ça sur leur nouvel album, Who’s Feeling Young Now?, mais en s’attaquant cette fois au Kid A de Radiohead, dont chaque bruitage électronique est retranscrit de façon acoustique. Amusant, non ?

 

L’original : ici.
La reprise : .

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MUSIQUE / Sélection de livres

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, ftydrb. Voilà pourquoi, à intervalles irréguliers, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Sauf que cette semaine, il va quand même parler de livres.

Certains l’auront peut-être noté, nous prenons chaque fois (ou presque) un soin maniaque à faire coïncider ces articles avec l’actualité récente. Le 18 mars étant la journée internationale du sommeil, celui-ci a failli être consacré à l’œuvre de Tracy Chapman. Et puis, finalement, Salon du Livre de Paris oblige, il a semblé plus amusant de concocter une sélection de quelques bouquins musicaux plus ou moins récents.

> Au-delà de l’Avenue D, de Philippe Marcadé – éd. Scali ou Camion Blanc

Au delà de lavenue D 185x300 MUSIQUE / Sélection de livresSi Massimo Gargia était punk, sa biographie ressemblerait peut-être à Au-delà de l’Avenue D. Philippe Marcadé y détaille ses rencontres avec certaines figures de la scène punk new-yorkaise (les Ramones, Debbie Harry, Dr Feelgood …), dont il a vécu l’éclosion de l’intérieur. Le génie de cet ouvrage tient à trois choses. D’abord, il est rempli d’anecdotes désopilantes qui rendent leur part d’humanité à des artistes devenus des mythes – le lecteur pourra par exemple partager un plat de nouilles cuisiné par la mère de Johnny Thunders. Ensuite, Philippe Marcadé ne cherche jamais à cultiver sa « rock’n’roll attitude ». Ainsi la drogue n’est-elle jamais présentée comme quelque chose de particulièrement rebelle ou romantique. Enfin, malgré l’incroyable vécu de l’auteur, le ton adopté est celui d’un enfant hilare et émerveillé, et non d’un vieux sage ou d’un ancien combattant. Une légèreté grâce à laquelle cet ouvrage a le don de rendre heureux, alors même que le nombre de morts y dépasse celui de Rambo III.

> Can’t Stop Won’t Stop, de Jeff Chang – éd. Allia

cant stop wont stop 232x300 MUSIQUE / Sélection de livresRaconter l’histoire du hip-hop constitue, en soi, une entreprise titanesque. Mais Jeff Chang avait visiblement pas mal de temps pour écrire ce livre, puisque c’est toute l’histoire de la culture noire américaine et des gangs (afro ou latinos) qu’il y relate. Can’t Stop Won’t Stop n’est pas un livre sur la musique, c’est un ouvrage de sociologie. En beaucoup plus excitant.

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> Bubblegum et Sunshine Pop, la confiserie magique, de Jean-Emmanuel Deluxe – éd. Autour du Livre

bubblegum 235x300 MUSIQUE / Sélection de livresPlus encore qu’à l’exploration détaillée de modes musicales tombées dans l’oubli depuis les années 1960 (encore que l’auteur a la bonne idée d’y associer certains titres actuels), l’intérêt de cet ouvrage tient au fait qu’il accorde aux plaisirs faciles du bubblegum une respectabilité dont les puristes, ces éternels coincés, l’ont toujours privé. Un parti-pris résumé dès l’intro du livre : « Vous avez un esprit libre pour qui la notion de “crédibilité” passe après celle, plus pragmatique et ô combien satisfaisante, de plaisir : les pages qui suivent sont là pour vous décomplexer. » Lire la suite

MUSIQUE / Vamos à la plagiat

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, kfirg36. Voilà pourquoi, de temps à autre, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Cette semaine, suite aux récentes affaires Lana Del Rey et Lady Gaga, petit tour d’horizon de quelques plagiats célèbres (ou non).

Madonna Give Me All Your Luvin 293x300 MUSIQUE / Vamos à la plagiatDe tout temps, les hommes ont fait des plagiats.* George Harrison lui-même eut droit à un procès après la sortie, en 1970, de son tube My Sweet Lord, dont la mélodie ressemblait un peu trop à celle du He’s So Fine des Chiffons. Mais ce qui pouvait encore passer inaperçu à l’époque est devenu facilement repérable avec Internet. Du coup, ça n’arrête pas : quand le producteur brésilien Joao Brasil n’accuse pas Madonna d’avoir calqué son dernier single Give Me All Your Luvin sur L.O.V.E. Banana, c’est Madonna elle-même qui reproche à Lady Gaga le mimétisme un peu trop flagrant entre Born This Way et Express Yourself – le résultat étant toujours aussi nul. Dernier exemple en date, celui de Lana Del Rey, qui aurait recyclé un titre de la chanteuse grecque Eleni Vitali pour son Video Games. Parce qu’il n’y a rien de plus drôle que la délation, amusons-nous à lister d’autres cas de violations des droits d’auteur.

(*La première phrase de cette intro est un plagiat éhonté d’une dissertation de terminale.)

Les plagiats inconscients

Les copieurs supposés méritent pour la plupart la plus grande indulgence. La citation inconsciente, généralement plaidée (c’est du reste ce que le tribunal avait retenu  contre George Harrison), est une hypothèse tout à fait recevable : essayez donc d’improviser une mélodie, vous retomberez bien vite sur un air connu, imprimé dans votre mémoire. Aussi ferons-nous preuve de mansuétude à l’égard de Sublime, des Flaming Lips ou de Dario Moreno : les mélodies de Lady Madonna des Beatles, Father and Son de Cat Stevens et Für Élise de Beethoven sont si profondément ancrées dans notre inconscient que leurs « receleurs » les auront sans doute répétées sans s’en rendre compte. Leurs versions demeurent en plus très personnelles, avec des arrangements différents des originaux. Au fond, ils n’ont volé que quelques notes, et non « l’âme » de la chanson.

La faute à pas de chance

Diams DJ 300x300 MUSIQUE / Vamos à la plagiatCompte tenu du nombre de chansons existant et des contraintes théoriques de l’écriture musicale (clés, tonalités, accords…), il n’est pas impossible que deux mélodies viennent à se superposer. C’est l’hypothèse retenue pour les morceaux suivants, tant il paraît improbable que Diam’s ait puisé son inspiration chez le chanteur mexicain Pedro Infante, JJ Lionel chez Edith Piaf ou Coldplay chez… Alizée.

Diam’s VS. Pedro Infante
JJ Lionel VS. Edith Piaf
Coldplay = Joe Satriani + Alizée ? Lire la suite

MUSIQUE / Sélection de disques de l’hiver

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, jourg. Voilà pourquoi, quand l’envie s’en fait sentir, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Pour la première fois cette année, place à une sélection des meilleurs albums et chansons du moment.

Ce mois-ci, ambiance Canada, folk et dépression.

> La Canadienne folky dépressive du mois : Kathleen Edwards, avec Voyageur

1 Kathleen Edwards 300x300 MUSIQUE / Sélection de disques de l’hiverIl faudra un jour faire une étude sur les chansons placées en fin d’album : de Caroline, No des Beach Boys (sur Pet Sounds) à Decades de Joy Division (Closer), en passant par Closer to You de Momus (The Poison Boyfriend), il s’agit souvent de monuments auxquels rien, sinon le silence, ne peut succéder. À cette liste s’ajoutera désormais For The Record de Kathleen Edwards. Dépouillé, lent comme une procession, ce titre sublime, dans lequel Katy évoque son divorce, achève l’album Voyageur en même temps que son auditeur. C’est beau, mais c’est triste. Mais c’est beau. (>> Cliquez ici pour écouter l’album).

> Le titre de chanson du mois : If Anyone Tells Me “It’s Better to Have Loved And Lost Than to Never Have Loved at All” I Will Stab Them in The Face, de Matt Elliott

2 Matt Elliott 300x300 MUSIQUE / Sélection de disques de l’hiverMatt Elliott est lui aussi du genre pète-ambiance : en termes de noirceur, le sublime The Broken Man, magnifié par la voix de velours de son interprète et des guitares qui vous percent le coeur avec une douceur infinie, atteint un point de non-retour. Le leader de Third Eye Foundation sait toutefois faire preuve d’humour, en intitulant par exemple l’une de ses chansons “Le premier qui me dit : “Mieux vaut avoir aimé et perdu cet amour que de n’avoir jamais aimé du tout”, je le poignarde en plein visage”… Euh, c’est bien de l’humour, hein ? (>> Cliquez ici pour écouter – attention, la chanson est encore plus longue que son titre)

> Le clin d’œil du mois : Emmylou de First Aid Kit

3 First Aid Kit 300x300 MUSIQUE / Sélection de disques de l’hiverQuand on pense « chanteuses suédoises », on pense à celles d’Abba. Il faudra désormais laisser une place aux sœurs Söderberg, qui viennent de publier un deuxième album country-folk de toute beauté, The Lion’s Roar. Liquide et cristalline, chantée par deux anges, la chanson Emmylou justifie à elle seule l’achat de ce disque. Et parce que Klara et Johanna savent choisir leurs modèles, son titre est un hommage à la divine Emmylou Harris, icône de la country outre-Atlantique. Rien à voir, donc, avec Tintin. Tintin Emmylou. Lol. (>> Cliquez ici pour écouter) Lire la suite

MUSIQUE / Scèniles ?

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, plotch. Voilà pourquoi, de temps en temps, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Cette semaine, la venue d’Echo & the Bunnymen à Paris est l’occasion de débattre de l’âge de la retraite…

elvis presley the concert 230x300 MUSIQUE / Scèniles ?S’il n’y avait une visite chez mamie prévue ce jour-là, assister au concert d’Echo & the Bunnymen jeudi prochain au Bataclan aurait pu être tentant : Ian McCulloch et sa bande sont les auteurs d’un nombre non négligeable de chansons sublimes, telles que celle-ci, celle-ci ou encore celle-ci. Sans oublier celle-là. Mais voilà, cette perspective ne nous dit absolument rien. Pas plus que celle d’applaudir Bob Dylan, Patti Smith ou New Order, qui se sont eux aussi produits dans la capitale ces dernières semaines. Le talent, le « pedigree » de ces artistes ne sont pas mis en cause, mais cela ne suffit pas toujours. Qu’est-ce qui fait vraiment l’intérêt d’un concert ?

Non aux grands noms

« J’ai vu Elvis sur scène. » Wouah. Le genre de phrase qui clôt une conversation. Encore faut-il savoir de quel Elvis il est question. Depuis 1998, le King enchaîne les tournées… sur écran géant ! D’anciens extraits de ses concerts y sont projetés, pendant que de vrais musiciens jouent. Dans le même genre, les membres restants des Doors se produisent depuis les années 2000 en compagnie de chanteurs intermittents chargés de « remplacer » Jim Morrison… L’intérêt de ces spectacles ? Quasi nul. On ne s’y rend que pour admirer des reliques, fussent-elles contrefaites. La performance artistique y laisse place à l’exploitation d’un nom, d’une notoriété, le concert à un produit dérivé frappé du logo de l’artiste.

rolling stones mick jagger MUSIQUE / Scèniles ?Cette stratégie est malheureusement adoptée par la plupart des vieilles gloires du rock et de la pop, y compris celles qui vivent encore. Les Rolling Stones, par exemple, sont depuis longtemps hors du coup (Keith Richards tient à peine debout, Mick Jagger est ridicule en tenue d’aérobic). Mais ils enchaînent les tournées mondiales devant un public prêt à dépenser des fortunes juste pour voir « les » Stones. Ou plutôt, le cirque Rolling Stones : à défaut d’ambitions artistiques, devenues obsolètes, ne reste qu’un Best Of sur pattes, une attraction destinée à engranger des bénéfices sur son gigantisme pétri d’auto-célébration. Le cas de New Order est tout aussi éloquent : chaque pas de danse, chaque « Wouh, vous êtes chauds ce soir ? » lancé par Bernard Sumner dans la vidéo qui suit est un coup de poignard à la légende du groupe mancunien, réduit à se singer lui-même lors de méga-concerts dans des stades. Lire la suite

MUSIQUE / Les Accous d’Or de la musique 2011

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, flurp. Voilà pourquoi, un week-end sur deux, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. En cette fin 2011, l’heure est venue de récompenser les artistes les plus marquants de l’année.

Le truc insupportable, dans ce genre de cérémonies, ce sont les speeches d’un quart d’heure qui précèdent chaque remise de prix. Épargnons-nous cette étape ennuyeuse et passons tout de suite aux choses sérieuses.

> Prix du truc a priori inaudible mais en fait super bien de l’année : Univrs d’Alva Noto

Univrs Alva Noto 300x300 MUSIQUE / Les Accous dOr de la musique 2011Peut-on faire de la musique en samplant son rasoir, sa cafetière ou le vibreur de son portable ? Ce disque en est la preuve. En guise de matière sonore, le musicien allemand Alva Noto n’utilise, sur Univrs, que des bzzz, des vrrr et quelques pftghr. Non seulement l’album procure un plaisir auditif unique, mais il se révèle même étonnamment… dansant !
Ecoutez plutôt : cliquez ici.

 

> Le héros de l’année : Tyler, The Creator

Tout a commencé avec cette vidéo, mise en ligne au mois de février :

Invités sur le plateau de Late Night with Jimmy Fallon, pour ce qui constitue leur première grande télé, Tyler et son camarade Hodgy Beats y interprètent Sandwitches avec une hargne qui n’appartient qu’aux débutants, et redonnent au passage une dignité au port de la chaussette haute. Mieux encore, à l’heure ou KanYe West s’amuse à mettre le plus de couches possibles sur les morceaux qu’il produit (lesquels représentent à peu près trois quarts des sorties rap actuelles), Tyler et son collectif Odd Future ressuscitent la brutalité froide des productions “chopped and screwed”.

Mais le plus beau, sur ces images, reste leur conclusion, lorsque les deux musiciens reviennent faire les zouaves avec le monsieur en cravate. Toute la beauté de leur prestation tient à ce mélange entre rage débridée et insouciance juvénile. Certains reprochent à Tyler de verser dans une provocation de cour d’école (croix renversées, featuring de la méchante dans The Ring…), mais c’est exactement ce qui fait sa grandeur : prions pour que jamais il ne devienne un adulte comme Eminem, la hargne diluée dans de prévisibles assauts contre Bush, la guerre en Irak ou le réchauffement climatique.

> Le clip le plus rigolo de l’année : Cross Wires des Superchunk

Méchant Kiki !

> Le tube de l’été de l’année : Wonderful de My Morning Jacket

Évidemment, quand on dit tube de l’été, on ne pense pas à ces ritournelles prétendument importées de Polynésie – en vérité enregistrées par des requins de studio à Longjumeau –, mais à ces chansons qui procurent une irrépressible envie de se prélasser au soleil, heureux, libre, nu de préférence. Wonderful (The Way I Feel) raconte tout ça dès son titre.
Cliquez ici pour l’écouter Lire la suite

MUSIQUE / Top 5 des meilleures reprises

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, kruik. Voilà pourquoi, chaque nuit de pleine lune, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Ce week-end, rien de tout cela, juste un petit Top 5 histoire de bien s’amuser (oh oui alors).

L’idée a germé il y a deux semaines, en évoquant la reprise du classique A Horse With No Name d’America par Jacques Duvall et Jean-Marc Lederman (Jacques Duvall, qui, au passage, a fait une adaptation très drôle de Ti Amo, devenu Je te hais). Pourquoi ne pas évoquer ces reprises qui, en prenant le contre-pied de leur modèle, ont su réinventer des morceaux dont on croyait avoir fait le tour ? Ce Top 5 était né. Le choix est très subjectif et ne manquera évidemment pas de changer dans les dix minutes suivant l’envoi de cet article, mais bon. On commence par la fin, pour mettre un suspense encore plus insoutenable.

N°5 : Satisfaction – The Rolling Stones (1965) / Devo (1978)

i cant get no satisfaction devo 300x300 MUSIQUE / Top 5 des meilleures reprisesIl n’y a rien de plus drôle que de déboulonner des monuments, juste pour le plaisir d’entendre les gardiens du Temple hurler au sacrilège. Alors forcément, quand Devo s’en prend au Satisfaction des Rolling Stones comme Duchamp, jadis, avait souillé La Joconde, on ne peut que trouver cela jouissif. La version des Residents aurait également pu faire l’affaire, si elle n’était pas finalement plus arty que réellement débile. Celle de Devo, qu’on jurerait fredonnée par Woody Woodpecker, n’a d’autre ambition, elle, que d’abrutir la version d’origine. De l’héroïsme pur.

Avant : est-ce vraiment nécessaire ?
Après : cliquez ici pour écouter.

N°4 : N’avoue jamais / I Wanna Know – Guy Mardel (1965) / Paddy Klaus & Gibson (même année)

n avoue jamais guy mardel 300x300 MUSIQUE / Top 5 des meilleures reprisesIl serait plus pertinent de parler d’adaptation, le texte ayant été réécrit en anglais. D’où, d’ailleurs, un malentendu gênant. Pendant des années, nous écoutâmes l’obscur I Wanna Know avec plaisir, persuadés de détenir une perle rare, attribuant au talent mélodique de ses interprètes l’impression d’en connaître l’air depuis toujours. Jusqu’au jour où un détour par Nostalgie nous rendit la mémoire : il s’agissait d’une bête reprise de l’antique N’avoue jamais de Guy Mardel, troisième de l’Eurovision en 1965. Las, il était déjà trop tard pour nier l’évidence, alors autant tout avouer : Guy, on te kiffe !

Avant : cliquez ici pour écouter.
Après : cliquez là pour écouter.

N°3 : Guns of Brixton – The Clash (1979) / Nouvelle Vague (2004)

nouvelle vague 300x300 MUSIQUE / Top 5 des meilleures reprisesBon, c’est vrai, après quatre albums à refaire le coup du morceau new-wave à la sauce bossa-nova, le concept est devenu un rien prévisible. Mais cette relecture du Guns of Brixton des Clash est le premier titre de Nouvelle Vague qu’il nous ait été donné d’entendre. C’était en pleine nuit, sur un lit, d’ailleurs le choc fut assez puissant pour nous en faire tomber. S’ensuivront quelques années de refoulement avant d’oser admettre un tel blasphème : la reprise de Nouvelle Vague surpasse (mais de peu) la version originale. Tenez, elle a même réussi à nous faire aimer Camille. Lire la suite

MUSIQUE / Sélection de disques de l’automne

Les livres c’est bien, mais au bout d’un moment, gonrf. Voilà pourquoi, tous les quinze jours, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Aujourd’hui, petite sélection d’albums parus le mois dernier.

> Le concept risqué mais bon, finalement, ça va, du mois : Le soleil brille pour tout le monde ? de Nevchehirlian

Le soleil brille Nevchehirlian  293x300 MUSIQUE / Sélection de disques de lautomneDes poèmes de Prévert mis en musique par un slameur. Voilà qui annonçait un exercice littéraire prétentieux. Et bien, pas du tout. Car Nevchehirlian n’en fait jamais trop, raconte plus qu’il ne déclame, évite même les violons sur Travailleurs, Attention. Mais la force de cet album, c’est d’être avant tout un bon disque de musique, avec des morceaux variés – mais une couleur commune -, de bonnes idées d’arrangements (la guitare slide sur Lettre à Janine) et un véritable travail autour des poèmes de Prévert pour que ceux-ci ne soient pas uniquement des textes “posés sur”, mais bien des paroles de chanson. (>> Cliquez ici pour écouter)

> La chanson qui laisse croire en de meilleurs lendemains du mois : Top Bunk de Gauntlet Hair

Top Bunk Gauntlet Hair 300x300 MUSIQUE / Sélection de disques de lautomneLes premières secondes du morceau en résument à elles seules les bienfaits. On y entend d’abord une voix lointaine baignant dans un vide abyssal, cette reverb’ creuse qui transforme tout ce qu’elle touche en une flaque d’énergie “cosmique” gélatineuse (Animal Collective, Grizzly Bear ou Fleet Foxes en ont fait leur marque de fabrique). La différence, chez Gauntlet Hair, c’est qu’un rythme lourd vient hacher menu cette entame mollassonne pour lui substituer une violence débridée, plus proche du dub, au moins dans l’esprit, que des niaiseries folk et baba cool de certains collègues. (>> Cliquez ici pour écouter)

> Le nom impossible à retenir du mois : Oneohtrix Point Never

Oneohtrix Point Never Replica 300x270 MUSIQUE / Sélection de disques de lautomneD’un autre côté, le type qui se cache derrière s’appelle Daniel Lopatin, ce qui évoque davantage un second rôle dans un film de Max Pécas qu’un DJ installé à Brooklyn. Donc, OPN (on ne le réécrira pas deux fois), ce n’est pas si mal. Musicalement, c’est même très bien. Le nouvel album Replica se classe au côté de ceux d’Hypo ou de Fennesz dans la catégorie des “sublimes foutoirs”, c’est-à-dire de ces disques abrupts et déconstruits d’où émergent des instants de pure beauté, et dont l’abord expérimental masque mal l’ambition profonde de leurs auteurs : écrire une pop song universelle. Lire la suite

MUSIQUE / No Feature

Les livres, c’est bien, mais au bout d’un moment, burp. Voilà pourquoi, quand le besoin s’en fait sentir, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Ce week-end : les feat., c’est pas le pied (LOL).

Eminem Love the Way rihanna 285x300 MUSIQUE / No FeatureLa semaine dernière est sorti le nouvel album de Coldplay, Mylo Xyloto. Le genre de nouvelle qui, d’habitude, nous donnerait plutôt envie de fuir dans les coins les plus reculés d’Asie mineure, mais qui, cette fois, a éveillé notre curiosité : le groupe y partage en effet une chanson, Princess of China, avec Rihanna. D’un côté, cette collaboration a le mérite de l’inattendu, leurs univers respectifs étant a priori assez éloignés. De l’autre, si même les rockers s’y mettent, c’est à se demander s’il restera un jour un groupe n’ayant pas accueilli la chanteuse à tête de dauphin ou sa collègue Alicia Keys, ou Kanye West, sur un de ses disques. Cette surexploitation du featuring va finir par tuer le concept.

Un argument de vente

Le featuring, à la base, est un duo utile : un DJ n’est pas obligé de savoir chanter ou rapper, alors quand il a besoin d’une voix, il fait appel à un(e) interprète. Le rap offrant en outre un support idéal à la cohabitation de plusieurs flows, il a eu recours dès ses débuts à ce genre d’invitation lancée par un artiste à un autre susceptible de donner au morceau une dimension supplémentaire. Voilà pour l’usage « noble » du featuring. Côté pile, celui-ci n’est souvent prétexte qu’à aligner les noms prestigieux sur la pochette d’un disque, le produit d’appel n’étant plus la qualité intrinsèque du morceau mais la longueur de son casting, à même de fédérer plusieurs publics. Tiré de la bande-son du documentaire More than a Game (2009), consacré au basketteur LeBron James, le titre Forever en est un exemple caricatural : Eminem, Kanye West, Lil’ Wayne et Drake s’y renvoyaient la balle.

drake eminem lil wayne kanye west eminem forever 300x300 MUSIQUE / No FeatureCe titre était-il pour autant un chef-d’œuvre ? Pas plus qu’un autre. Car le talent ne s’additionne pas aussi facilement – pour preuve, les supergroupes, ces formations constituées de musiciens déjà connus, n’ont pour la plupart jamais tenu leurs promesses. Il demande, pour s’exprimer, une alchimie particulière née d’un travail commun. Difficile, donc, de voir dans ces réunions de « all stars » faisant seulement acte de présence autre chose qu’une stratégie publicitaire, guère éloignée de celle des chansons humanitaires (We Are the World, Les Enfoirés…), où cinquante artistes se relaient pour dire trois mots chacun, ou de ces innombrables duos prestigieux (entre David Bowie et Mick Jagger, Elton John et George Michael, Celine Dion et Barbra Streisand…), dont l’intérêt artistique était tout bonnement remplacé par l’attrait de leur line-up. Lire la suite

MUSIQUE / Le rock gothique, musée des (vraies) horreurs

Les livres c’est bien, mais au bout d’un moment, beuh. Voilà pourquoi, toutes les 360 heures, L’Accoudoir ouvre ses colonnes à Julien D., qui sonde, analyse ou détériore le paysage musical. Cette semaine, parce que la mort de Jean Amadou nous a vraiment mis un coup au moral, parlons du rock gothique.

Robert Smith 216x300 MUSIQUE / Le rock gothique, musée des (vraies) horreursN’y voyez aucune prétention mais en terme de musique, nous sommes des gens plutôt ouverts. Il nous est arrivé de défendre Bénabar devant un parterre de rockers vomissant cette « nouvelle chanson française » et il n’est pas exclu qu’apparaisse un jour dans ces pages un éloge fiévreux d’un des genres musicaux les plus injustement méprisé, le disco. De même, il nous semble impossible de rejeter en bloc un genre musical tout entier (« J’aime pas le rap », « la techno, c’est nul »), d’abord parce que ses frontières seront toujours trop poreuses pour le permettre, ensuite parce que chacun possède sa propre échelle de valeurs et ses esthétiques contraires, si bien qu’il sera toujours possible de trouver le remède à quelque défaut présumé. Pourtant, il y a une famille, une seule, à laquelle nous ne trouvons de circonstances atténuantes : celle du rock gothique.

Un simple décorum

Joy Division Love Apart 286x300 MUSIQUE / Le rock gothique, musée des (vraies) horreursQu’est-ce que le rock gothique ? Joy Division ou The Cure y sont parfois assimilés, erreur imputable à une lecture rétrospective des événements fondant en un seul bloc les influences et leur produit (de la même manière que les Stooges sont parfois abusivement classés dans la catégorie punk ou les Jesus & Mary Chain dans celle des shoegazers*). Certains classements des « meilleurs albums gothiques de tous les temps » incluent même certaines productions de Nico, des Cramps, de Damned ou même des Stranglers, comme si toute musique sombre était forcément « goth ». En vérité, lorsque ces groupes publient leurs disques-phares (à la fin des années 1970) et que Ian Curtis se suicide (en mai 1980), les termes de rock gothique ou de « batcave » sont encore totalement inconnus.

Christian Death Catastrophe 300x300 MUSIQUE / Le rock gothique, musée des (vraies) horreursLa scène gothique véritable est plus restrictive. Elle se forme en Angleterre (principalement) dans les années 1982-1983, juste après que Bauhaus et Siouxsie and the Banshees en ont posé les jalons. Sa principale caractéristique ? N’être qu’une imitation puérile de ces deux pionniers et des influences évoquées plus haut, réduites à un décorum et vidées de leur substantifique moelle. La noirceur affichée par Sisters of Mercy, Christian Death, Rosetta Stone, Creaming Jesus, Fields of the Nephilim ou The Mission (dans sa version grand public) ne répond plus à l’inspiration d’un instant ou l’expression d’un mal-être, elle est un exercice imposé, une posture. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la mention « gothique », appliquée à des groupes punk, metal ou indus, se définit moins par des critères « idéologiques » ou musicaux qu’en fonction d’effets de style (maquillage, chanteur à grosse voix, textes morbides…) : tout n’y est qu’imagerie. Aucune innovation artistique majeure n’en a en revanche émergé.

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